[Entretien] Peter Mandelson : Echec des négociations OMC à Genève Nous avons respecté notre mandat

Nominee Commissioner Peter Mandelson
Jan van de VEl©EC-CE
(archives B2) Peter Mandelson (*), commissaire européen chargé du Commerce, se défend comme un "beau diable" d'avoir manqué au mandat donné par les Etats membres lors des dernières négociations à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), cet été à Genève. Après cet échec, il ne voit pas la négociation reprendre tout de suite.
- Quel est votre sentiment après l’échec des négociations de l’OMC à Genève ?
C’est un revers pour l’Europe. Pour trois raisons. Premièrement, nous avions l’opportunité d’obtenir une protection internationale pour notre réforme agricole ; nous avions la chance de préserver le développement futur de la politique agricole commune. Deuxièmement, cet accord offrait de nouvelles opportunités aux exportateurs européens pour avoir de nouveaux marchés. C’est important car l’Europe est un des plus exportateurs dans le monde. Troisièmement, nous avions la chance d’arriver à l’égalité avec les Etats-Unis en matière agricole en l’obligeant à réduire et éliminer ses tarifs de douane plus élevés. Nous avons perdu ces opportunités.
- On vous a accusé – le gouvernement français notamment - de faire cavalier seuls, de ne pas tenir compte de l’avis des Etats membres ? Que répondez-vous ?
La Commission européenne est responsable de la négociation. Tout simplement car le Commerce (international) est une politique commune, fixée par les Traités européens. C’est une responsabilité que les Etats membres ont entendu déléguer au niveau communautaire. Comme pour chaque négociation, nous recevons un mandat, discuté et décidé de façon collective par les 27 Ministres. La France a participé à cette décision, à double titre, en tant qu’Etat et comme présidence de l’Union européenne.
Durant la négociation, nous avons une certaine liberté pour utiliser les tactiques qui nous semblent les meilleures pour atteindre le but qui nous est fixé. En respectant deux obligations: garder notre indépendance de jugement – il faut que les intérêts de tous les Etats membres soient préservés – et préserver la transparence – nous devons tenir informer chaque Etat. Nous avons, j’estime, respecté le mandat et ces obligations. En tout cas je n’ai reçu aucune plainte. Tous les Etats membres ont été tenus informés, au fur et à mesure de la négociation ; le ministre français, tout particulièrement, en tant que présidence.
- Et maintenant ? L’échec est-il irrémédiable ? Pensez-vous que la négociation puisse reprendre rapidement ? Quel rôle l’Europe pourra jouer?
Le futur est plutôt incertain. Cette négociation a échoué surtout car il y avait un désaccord profond entre les Etats-Unis, d’un côté, qui insistaient pour avoir un accès aux marchés (des pays émergents), et l’Inde et la Chine, de l’autre, qui défendaient le droit à protection des secteurs agricoles et non commerciaux. L’Europe n’a pas vraiment de responsabilité dans ce revers. (…) Maintenant nous pouvons jouer ce qu’on appelle le rôle d’un « honnête intermédiaire » pour favoriser un nouveau compromis. Mais honnêtement, je ne vois pas vraiment une nouvelle négociation redémarrer tout de suite, même cette année. Je ne veux rien exclure, mais cela me paraît difficile.
(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)
(*) Britannique, artisan du renouveau du Parti travailliste, il a été Ministre à deux reprises dans le gouvernement de Tony Blair.
NB : interview réalisée par téléphone et publiée dans Ouest-France début août. Crédit photos : Commission européenne