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L'Europe politique et de la défense (par Nicolas Gros-Verheyde)

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[Entretien] Nuno Teixeira (Portugal) : L’UE doit devenir une communauté de défense

(Archives B2) Nuno Severiano Texeira est ministre de la Défense du Portugal. Rencontre à la veille de la réunion informelle des ministres de la Défense, à Evora alors que le Portugal a la présidence de l'Union européenne.

• Quelle est la priorité principale pour cette réunion informelle des ministres de la Défense qui s'ouvre aujourd'hui à Evora ?

À part les matières habituellement abordées, nous avons deux points d’agenda propres : la coopération avec l’Afrique (pour approfondir nos relations avec l’Union Africaine) et la coopération avec la Méditerranée (dans le cadre de l’initiative 5 + 5). La présence, à Évora, du ministre de la Défense du Ghana (pays qui tient la présidence de l’Union africaine), des cinq ministres de la défense du Maghreb (Algérie, Maroc, Mauritanie, Libye et Tunisie) ainsi que le Secrétaire général de l’OTAN le prouve. Dans la suite de la présidence allemande, qui a «investi» dans la relation UE-ONU, le Portugal soutient, en effet, et encourage le développement d’une coopération efficiente et réciproque avec l’Alliance Atlantique, dans les théâtres d’opérations mais aussi plus de transparence dans le processus de développement de capacités militaires dans les deux organisations.

• Justement, l'Otan vient de faire savoir que sa force de réaction rapide n'était pas au complet. Principale cause : la multiplication des conflits et la mobilisation des troupes américaines en Irak. Cette situation - particulière à l'Otan – est-t-elle généralisée au niveau européen ? Vous préoccupe-t-elle ?

Pour nous, l’Europe de la défense doit, entre autres, contribuer au développement de ses capacités militaires. Nous avons besoin effectivement de renforcer et d’approfondir notre capacité de réaction rapide face aux situations de crise. Cela passe par la création de groupements tactiques de forces de combat non seulement terrestres, mais aussi aériens et navals. Il nous faut aussi renforcer la capacité de planification et de pilotage des opérations et créer une base industrielle européenne. L’Agence européenne de défense joue un rôle fondamental sur ce point. Et tout cela, nous devons le développer sur une base de complémentarité avec l’Alliance atlantique.

• L’OTAN ne suffit-elle pas en tant que tel ? Pourquoi développer un système concurrent ?

Il ne s’agit pas de concurrence mais de complémentarité. L’Otan n’a pas vocation à tout faire. Nous avons des rôles différents et tous les deux sont nécessaires. Et la défense est un vecteur vital pour l'intégration européenne aujourd'hui. L'UE doit devenir une véritable communauté de défense. Ce n'est qu'ainsi qu'elle pourra devenir un acteur international à part entière.

• Quel est l'objectif recherché de la réunion 5+5. Comment cette rencontre pourrait déboucher dans l'avenir ?

Avec ce format innovateur «27+5», nous voulons partager l’expérience de cette coopération régionale, de façon à contribuer à une coopération durable dans le domaine de la PESD entre l’UE et tous les partenaires méditerranéens. Avec cette initiative, nous voulons contribuer à l’approfondissement du climat de confiance entre les deux marges de la Méditerranée occidentale.

• Le 10 décembre, quelle que soit la solution, le Kosovo dépendra encore plus de l'Europe (L'Onu ayant déclaré qu'elle cessait son mandat). Comment le ministre de la Défense envisage une intervention européenne dans cette région ?

Nous suivons de près les négociations en cours sur la définition du futur statut du territoire du Kosovo. La semaine dernière, j’ai visité Belgrade et Pristina, où j’ai eu des contacts au plus haut niveau. J’ai eu la perception claire que la frontière entre autonomie maximale et indépendance minimale est très mince. Nous continuons donc à soutenir les efforts de la communauté internationale à fin de voir aboutir à une solution négociée entre les deux parties. Mis à part la participation d’un représentant de l’UE dans la Troika, notre engagement se traduit aussi dans une mission PESD, qui est en préparation pour y intervenir au lendemain d’une décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)
article publié dans une première version dans le quotidien Europolitique, 30 septembre 2007 et complété

Texeira (biographie)

Né en Guinée-Bissau en 1957, Nuno Severiano Texeira est avant tout un historien et un spécialiste des questions internationales. Après une licence d’histoire à la faculté de lettres de l'université de Lisbonne (1981), il a été chercheur à l'institut universitaire européen (entre 1989 et 1992), où il obtient un doctorat en histoire des relations internationales (1994) puis directeur de l'institut de défense nationale (de 1996 à 2000). Il est ministre de l’Administration interne de 2000 à 2002 (dans le gouvernement du socialiste Gutteres) et est ministre de la Défense depuis juin 2006 (gouvernement Socrates). Il a publié plusieurs ouvrages sur: les Balkans et l’UE, « Southern Europe and the Making of the European Union» (Columbia Unniversity Press 2002); « l’Europe du Sud et la Construction européenne » (Imprensa de Ciências Sociais, 2005); et il a coordonné un ouvrage en 5 volumes sur la « nouvelle histoire militaire du Portugal » (Círculo de Leitores, 2003).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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